Green Deal : ambitions & perspectives pour notre agriculture

Vendredi 27 novembre 2020, se tenait le colloque en ligne de la FC2A (Fédération du commerce agricole et agroalimentaire), une occasion d’échanger sur les enjeux du Green Deal, thème stratégique pour le commerce européen.

Depuis son arrivée à la tête de la Commission européenne en janvier, Ursula von der Leyen projette de faire de l’Europe la première puissance verte mondiale. Ses ambitions se matérialisent par la mise en place d’un “Pacte vert”, qui a pour objectif de rendre l’Union climatiquement neutre en 2050.

Contours, objectifs et impacts attendus du « Green Deal » ?

Camille Hubac, conseillère économique à la Représentation de la Commission européenne en France, et revenue sur la stratégie ” Farm to Fork” : de la ferme à la table, qui fixe les contributions attendues du secteur agricole dans le cadre du pacte vert.

Très ambitieuse, cette stratégie a plutôt été accueillie favorablement, d’après Samuel Masse, vigneron et président du CEJA (Conseil européen des jeunes agriculteurs). Toutefois, ne plaçant pas l’agriculteur au centre du dispositif, il considère qu’elle fait l’impasse sur un certain nombre de points, entre autres les problématiques foncières qui freinent l’installation des jeunes générations en agriculture. La réduction de 50% d’intrants parait très compliquée à atteindre, sans propositions de méthodes de substitution, et de prise en compte des bonnes pratiques et des réductions qui ont déjà été réalisées à ce jour. Il s’interroge enfin sur la pertinence de la conversion de terres en agriculture biologique si la demande des consommateurs ne suit pas.
Marcel Vender Vlit, président du CELCAA (Comité européen de liaison du commerce agroalimentaire) estime que l’Union européenne devrait d’abord sortir du rouge avant de passer au vert. Inquiet par le projet d’étiquetage des produits, il s’interroge sur le fait que ces mesures constituent des barrières au commerce européen et mondial.
Au-delà d’une Europe aux blocs politiques fragilisés, parfois marqués par l’avènement du nationalisme et des résistances dans les budgets, Philippe Mitko, président de COCERAL (le Comité du Commerce des céréales, aliments du bétail, oléagineux, huile d’olive, huiles et graisses et agrofournitures) souligne le paradoxe du Green Deal qui voudrait réduire les exportations européennes, quand les clients de l’Europe, africains en particulier, voient leurs populations doubler et leurs productions diminuer. L’Europe pourra-elle encore se positionner comme un pôle de sécurité alimentaire et sanitaire mondial ?

Conséquences et opportunités pour les filières agricoles ?

Hervé Lapie, secrétaire général adjoint de la FNSEA, regrette que le pacte ait adopté une approche plus politique que pragmatique.
Une mise sur le marché de variétés de productions résistantes, qui permettraient de diminuer l’utilisation de pesticides et fongicides est possible, selon Christophe Gauchet, directeur général chez HZPC France. Toutefois, une dizaine d’années sont nécessaires afin de développer ces nouveaux procédés, quand les échéances politiques sont évaluées à 2-3 ans.
Frédéric Lambert, chef du service Europe et International au ministère de l’agriculture et de l’Alimentation, montre que la transition agroécologique est actuellement une nécessité et un objectif pour l’agriculture française. L’enjeu actuel est donc de répondre à des demandes de plus en plus importantes de la société, d’accompagner ces changements, valoriser la montée en qualité des productions, tout en gardant une compétitivité économique. La priorité du ministère est de faire en sorte que les exigences environnementales soient les mêmes pour tous les États membres afin de respecter une égalité des conditions de concurrence.
Pour Alexandre Carcouet, commerçant en bestiaux, le système de production allaitant étant très basé sur l’export, il existe un risque de surenchère législative française qui pourrait faire perdre le secteur en compétitivité par rapport à d’autres pays de l’UE.
Il est également essentiel de défendre l’historique français, d’après Jérémy Decerle, agriculteur et député européen, et que le Green deal reconnaisse le statut et les avancées que l’agriculture a déjà réalisé.

Pour en savoir plus, retrouvez ci-dessous les vidéos du colloque en replay.

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