Une production qui pourrait bien exploser

A la recherche de diversification, des producteurs d’Occitanie se sont lancés dans la culture de grenadiers. Des démarches sont en cours pour la création d’une marque commune pour le jus de grenades, prémices pour la reconnaissance d’une future IGP, identification géographique protégée.

Le grenadier est déjà présent dans le paysage méditerranéen mais les quelques pieds que l’on retrouve en bords de champs fournissent des fruits aux qualités gustatives peu attractives. En tant qu’élu aux Chambres d’agriculture de l’Hérault et d’Occitanie, en charge notamment des innovations, Pierre Colin s’est intéressé à cette production en 2011. Très rapidement un petit noyau d’agriculteurs de l’Hérault, du Gard, de l’Aude et des Pyrénées-Orientales l’a rejoint dans son aventure. Un voyage d’études s’est déroulé en Espagne et un projet collectif s’est monté et a abouti en 2014 à la création de la Fédération des producteurs de grenades d’Occitanie.

Actuellement la grenade consommée sous forme de fruit en France provient essentiellement d’Espagne et le jus de grenade, de piètre qualité, est importé de Turquie. « En tant que viticulteurs, nous étions plus intéressés par la transformation de la grenade en jus que par le fruit de bouche » complète Pierre Colin. « Aujourd’hui, on compte une centaine de producteurs de grenade en Occitanie. Au printemps 2021, une marque collective sera créée, permettant par la suite de pouvoir aboutir à une identification géographique protégée. Par ailleurs, nous travaillons avec l’Ensia-Cet (école nationale des ingénieurs en arts chimiques et technologiques) de Toulouse à valoriser les sous-produits. En effet, pulpes et graines de grenades, riches en antioxydants, intéressent tout particulièrement la cosmétologie ». Ces recherches ainsi que les formations délivrées aux agriculteurs sont conduites et financées dans le cadre de programmes européens.

Actuellement, 4 variétés principales de grenadiers sont cultivées en Occitanie, auxquelles s’ajoutent 3 ou 4 variétés plus secondaires. La sélection des cultivars découle des différents essais conduits sur la plateforme expérimentale de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, Sud Expé. Le grenadier rentre en production la troisième année et atteint sa pleine production au bout de 10 à 12 ans. La densité est d’environ 500 à 800 pieds à l’hectare.
Les vergers ne nécessitent pas de protection phytosanitaire particulière ; la raison pour laquelle la grande majorité actuellement des exploitations sont en agriculture biologique. Toutefois, les grenadiers ont besoin de beaucoup d’eau. Une irrigation est donc nécessaire.
Les vergers sont conduits soit en mono-tronc (avec taille et palissage), soit en buissons. La culture en buissons semble montrer ces dernières années une meilleure adaptation aux variations climatiques.
Les grenades sont ramassées en octobre, après les vendanges et avant la récolte des olives. Les rendements sont très variables et avoisinent 8 à 10 tonnes en moyenne par hectare.

Aujourd’hui, d’autres agriculteurs du pourtour méditerranéen s’intéressent à la production de grenades, notamment dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse et le Var. La culture de grenades pourrait bien faire tâche d’huile dans les années à venir…

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