Des vignes au cœur d’un patrimoine d’exception

Quand on arrive au Domaine Mayoussier, à Auberives-en-Royans, en Isère, c’est le château du 13e siècle qui impressionne de prime abord. C’est pour entretenir ce patrimoine bâti qu’Antoine Dépierre a réhabilité les vignes, en valorisant le terroir et en s’intégrant au mieux à son environnement.

Propriétaire du lieu depuis 1810, la famille Mayoussier s’est interrogée sur les conditions pour le conserver et l’entretenir. « Il nous fallait élaborer un projet économiquement viable, en lien étroit avec l’environnement, le terroir et à forte valeur ajoutée » témoigne Antoine Dépierre. Après avoir été sommelier à Berlin, Londres, Miami ou Dubaï, Antoine Dépierre est revenu en 2013 sur le domaine familial. Il est actuellement gérant du Domaine, avec 18 autres associés membres de la famille.

La renaissance du vignoble

Trois blancs et un rouge (Sauvignon blanc, Roussanne, Viognier et Syrah) sont les premiers cépages mis en place sur le domaine sur 2,7 hectares. Ils seront complétés par 0,8 hectare en novembre 2021 avec des cépages autochtones oubliés (le Persan et le Durif). Avec quelque 9000 bouteilles en 2020, la production annuelle du domaine Mayousier de vins IGP (indication géographique protégée) Isère, reste modeste.

Soucieux de mettre en avant son terroir, Antoine Dépierre fait partie de la soixantaine de producteurs fermiers du territoire du Parc naturel régional du Vercors bénéficiant de la marque « Fermes du Vercors©». Il a à cœur également de préserver l’environnement qui l’entoure. « Je n’applique aucun insecticide ou désherbant. Et pour la vinification, j’essaie de ne pas mettre de soufre. Mais je fais preuve de beaucoup de pragmatisme : faire le mieux possible, de façon la plus écologique tout en ne mettant pas en péril notre activité ».

Et les initiatives pour développer la biodiversité dans les vignes, certaines conduites en collaboration avec la Ligue de protection pour les oiseaux, ne manquent pas : enherbement des parcelles, tonte de l’herbe par une troupe de brebis, mise en place de haies bocagères, disposition de nids et aires d’accueil pour les oiseaux (hibou petit-duc, chouette effraie, faucon pèlerin…) et les chauves-souris…

Une activité de négoce en complément

Au-delà de leur propre production, les associés du Domaine ont développé parallèlement une autre activité : celle de négociant. Ainsi, Antoine Dépierre est également gérant du Cellier de Félicie, qui met en fût de chêne du jus de raisin d’Occitanie pour élaborer 8 000 en bouteilles de vin de France. A partir de 2022, le Cellier de Félicie assurera également la vinification et le négoce de parcelles de vigne à proximité, en IGP Isère.

Des projets à la pelle

« Dans 4 ans, la vigne sera mature et nous arriverons au terme de nos emprunts. Il nous faut donc penser à d’autres projets » souligne Antoine Dépierre. « Les réflexions actuellement portent sur la possibilité de mettre en place une petite restauration et/ou de développer l’accueil de visiteurs sur la ferme ».

Mais c’est pour un autre thème qu’Antoine Dépierre a déposé un dossier dans le cadre de l’appel à projets Terre d’idées organisé par Mutualia : adapter ses locaux pour développer son implication au sein de « Ma bouteille s’appelle reviens ». En effet pour Antoine Dépierre, la prise en compte de l’environnement doit aller jusqu’à s’interroger sur le devenir des bouteilles. « Le recyclage actuel n’est guère satisfaisant : collecté, le verre est refondu pour servir bien souvent dans l’isolation. Depuis 6 mois, j’ai souhaité développer le ré-emploi de nos bouteilles, ce qui a nécessité de modifier le papier, la colle, les encres et les dorures utilisés. Les particuliers et les restaurateurs sont ainsi invités à nous retourner nos bouteilles vides, qui sont ensuite lavées, désinfectées et reconditionnées. Si nous avons pu d’ores et déjà collecter plus de 1 000 bouteilles, nous pensons pouvoir rapidement récupérer en retour près de 4 000 bouteilles sur nos 18 000 bouteilles vendues par an. Il nous faudra pour cela aménager différemment nos locaux, prévoir l’accès et le lieu de stockage des palettes de bouteilles à laver et celles à réutiliser ».

Antoine Dépierre ne manque pas d’idées pour innover et encore moins de volonté pour chercher toujours à progresser, bien conscient qu’il en va de la pérennité de son activité et du Domaine de Mayoussier.

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