La souveraineté alimentaire en débat

La Chambre de commerce et d’industrie de La Rochelle accueillait le 18 juin un débat sur la souveraineté alimentaire à l’occasion des Journées nationales de l’agriculture.

Le 18 juin, l’AgridemainTour faisait une étape à La Rochelle, ville portuaire d’exportation agricole. L’occasion de débattre de la puissance exportatrice de la France et de la souveraineté alimentaire.

Stéphane Lucereau, président de Mutualia Grand Ouest, souligne que “durant la crise de la Covid, l’agriculture a été largement plébiscitée et son rôle économique pour nourrir a été largement démontré et reconnu“. Les Français se sont tournés en effet vers les producteurs et sont allés se fournir sur les exploitations. On a alors beaucoup mis en avant les circuits courts. Pour autant, l’avenir de l’agriculture française ne repose pas exclusivement sur les circuits courts. Preuve en a été donnée par les exemples de l’économie portuaire de La Rochelle.

Louis Tercinier considère la Sica Port Atlantique qu’il préside, comme un acteur des circuits courts : “apporter les céréales de Charente-Maritime vers le Maroc est plus court que les apporter vers Paris, au regard notamment du nombre d’intermédiaires et du bilan carbone“. La Sica Port Atlantique exporte en moyenne 3 millions de tonnes de céréales par an, dont 60 % de blé. Le port réceptionne également 1 million de tonnes de produits à destination de l’agriculture (alimentation pour le bétail, engrais…). Derrière le rôle économique de l’exportation, se dessine également un rôle diplomatique : “la France et ses dirigeants ont une responsabilité vis-à-vis des pays qui ont de la difficulté à trouver de l’alimentation. Depuis le port de La Pallice, avec l’activité de la Sica Atlantique et de la Socomac, 3 millions de tonnes de blé sont exportées chaque année, ce qui correspond à l’approvisionnement en pain pour un an pour 20 millions d’Africains” souligne Louis Tercinier.

La région Nouvelle-Aquitaine a fait le choix équilibré de diversifier ses productions et développer les produits de qualité (la région comptabilise pas moins de 295 produits sous signe officiel de qualité) pour le marché intérieur, tout en ne négligeant pas les marchés porteurs à l’export pour lesquels la région est compétitive (blé tendre, blé dur, orge…)” détaille Luc Servant, président de la Chambre d’Agriculture de Nouvelle-Aquitaine. “Tout en ne se privant pas des marchés mondiaux de l’export qui sont en croissance, la France doit chercher à relocaliser certaines productions. La souveraineté alimentaire de notre pays en dépend. La balance commerciale française des produits agricoles se dégrade. En dehors des vins et spiritueux, cette balance est à peine à l’équilibre. Il est inquiétant de voir que les Français consomment près de 50 % de fruits et légumes importés. La viande de volaille importée représente 40% de la consommation en France et celle du porc importé 25%“.

Luc Servant insiste également sur le fait que “la souveraineté alimentaire est très liée au débat sur l’eau. La société française n’accepte pas aujourd’hui l’irrigation pour des produits exportés, alors même qu’elle accepte d’importer des produits très riches en eau de pays qui en encore moins que nous. Si nous voulons relocaliser certaines productions (fruits et légumes et protéagineux notamment), il faut accepter de développer l’accès à l’eau en France“.

Guillaume Lefort, président d’#agridemain, abonde tout à fait en ce sens “il faut de l’eau pour produire et le rôle social de l’agriculteur est avant tout de pouvoir nourrir la population. L’accès à l’eau est primordial alors même que sur la planète, seulement 5 % de la surface est apte à produire des aliments“.

Le sol peut jouer un rôle tampon par rapport au réchauffement climatique” complète Charles Vaury, directeur commercial de Gaïago Il est indispensable de remettre le sol au cœur de l’agronomie car il peut absorber les chocs à la fois des fortes pluviométries mais également les sécheresses“.

Tout est lié : “si on travaille sur la production agricole et la souveraineté alimentaire, ont doit aussi en même temps s’intéresser à l’environnement (la biodiversité par exemple ou le stockage du carbone dans les sols) et à la production d’énergie en agriculture. C’est un tout. L’agriculture se trouve à l’intersection de nombreux enjeux sociétaux” conclut Luc Servant.

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