Jeu collectif pour créer une filière de graines de chia française

Depuis une petite dizaine d’années, semenciers, agriculteurs et coopératives œuvrent à développer une production locale de chia, cette petite graine bénéfique pour l’environnement et aux nombreuses vertus pour la santé. Le projet est ambitieux et nécessaire, mais il reste à l’heure actuelle encore incertain, en raison de la difficulté à fédérer tous les acteurs de la filière.

En 2010, Frédéric Poujaud, directeur de Panam France, semencier français indépendant, découvre la culture de graine de chia au Chili et rêve d’une implantation en France. Adaptée à une culture en climat tropical, plusieurs années de recherches et de sélections variétales sont nécessaires au développement d’une variété de chia française. En 2017, la variété Oruro, adaptée au climat tempéré est finalement obtenue, grâce à un programme de sélection naturelle, puis est autorisée et distribuée sur le marché européen.

Afin de fédérer les acteurs de la filière, celle-ci s’organise alors sous le nom de « Chia de France », qui compte aujourd’hui 200 agriculteurs, 15 coopératives, et négoces, qui se sont réunis afin de répondre au besoin de distribution, tri, séchage et conditionnement des graines. En 2020, 500 tonnes ont été produites en France, alors que les Français en consomment de 1 500 et 2 000 tonnes annuellement.

L’un des enjeux quant au développement d’une filière française, est bien de réduire l’impact carbone généré lors de l’importation des graines. La filière Chia de France, garantit également un commerce équitable entre les producteurs et les distributeurs, et permet une traçabilité totale des produits pour les consommateurs.

La difficulté principale réside dans la tentation que peuvent avoir les agriculteurs de faire cavaliers seuls, en proposant leurs graines à un prix inférieur à celui de la filière et la mettant ainsi en péril. Pourtant, Agrofün, jeune PME créée dans l’objectif de fédérer les agriculteurs français autour de nouvelles graines, met à disposition gratuitement les graines de chia, et propose un accompagnement dans la culture de la plante. Son postulat : travailler collectivement autour des mêmes objectifs, pour permettre d’avoir un effet de masse, et créer une filière compétitive et rémunératrice pour les agriculteurs.

Une culture aux forts bénéfices environnementaux

La chia est pourvue de nombreux atouts environnementaux. Elle est de la famille des Lamiacées, plantes encore très peu cultivées en France. Elle devient donc pour les agriculteurs français une source de diversification de cultures, et offre une nouvelle possibilité de rotation. De plus, cette plante, fleurit tout l’été jusqu’à septembre, et permet ainsi d’accueillir les insectes et d’entretenir la biodiversité. Originaire des climats tropicaux, elle a besoin de très peu d’eau, et par sa capacité à valoriser l’azote, sa culture requière peu d’intrants.

Une petite plante aux grandes vertus

Au-delà des bénéfices environnementaux, les graines de chia sont pleines de vertus. Si bien que depuis quelques années, les chefs, sportifs et nutritionnistes en vantent les bénéfices pour la santé. Deux à trois cuillères de ces graines permettent de couvrir l’apport journalier recommandé en oméga-3. Or, la carence en oméga-3 est un problème majeur de santé publique, qui touche une grande majorité de français, d’après une étude de l’ANSES publiée en 2001 (Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale). Puisque ce déficit serait à l’origine de maladies neurologiques, de problèmes de fertilités ou de cancers divers. Les graines de chia sont également sources de calcium, magnésium, phosphore et cuivre et vitamines (E, B1 et B2). Elle porte bien son nom de « graine des dieux », puisque qu’elle agit également contre les cancers colorectaux, et le diabète, grâce à son apport en fibre solubles, antioxydant, et à ses éléments nutritifs.

L’un des enjeux de Chia de France est donc de sensibiliser les consommateurs pour les inciter à intégrer ces acides gras et minéraux à leur alimentation quotidienne.

X