Une culture bien ancrée dans les territoires

Témoigner de l’évolution de l’agriculture, prendre le temps d’expliquer, d’analyser voire de faire rêver sur ce métier : c’est à cela qu’ambitionnent de contribuer les agriculteurs et amoureux de la ruralité réunis au sein de l’AEAP (Association des écrivains et artistes paysans).

Dans une publication de l’association, Jacqueline Bellino, oléicultrice dans l’arrière-pays niçois et présidente de l’AEAP, précise clairement l’objectif assigné à ses membres : “longtemps considérés comme des illettrés, aussi stupides que cupides, les paysans sont aujourd’hui accusés de tous les maux de notre planète. Désormais habituées à trouver du tout cuit d’un simple claquement de doigts, les nouvelles générations ont-elles une idée du travail et de l’ingéniosité qu’il a fallu déployer de siècle en siècle pour parvenir à cette société d’abondance qui aujourd’hui crève de trop produire après avoir tant manqué de tout ? Plus que jamais il appartient aux écrivains-paysans d’informer et de témoigner pour inciter certains citadins au respect du métier d’agriculteur“.

Un patrimoine conséquent

Depuis 50 ans, l’AEAP a vu passer près d’un millier d’adhérents, plus ou moins célèbres, mais toujours de qualité. Si la majorité d’entre eux sont français, l’association compte également des représentants du Canada, d’Algérie, de Belgique, de Suisse… Comme en témoignent Chantal Olivier et Claude Chainon dans le livre « Écritures paysannes, de l’utopie à la réalité », ces écrivaines et écrivains sont avant tout “des paysans qui ont fait leurs humanités dans les champs. Ils sont de tous les villages du monde et se veulent solidaires à travers leurs écritures pour témoigner de leur métier”. Depuis 2019, le Garae Ethnopôle (centre d’ethnologie d’intérêt national et européen), assure la conservation de l’héritage culturel de l’AEAP. Ce sont ainsi plus de 700 ouvrages qui sont aujourd’hui protégés de l’oubli, accessibles aux chercheuses et chercheurs curieux des témoignages d’un demi-siècle de ruralité.

Un enrichissement permanent

Soucieuse de la diversité des regards portés sur l’agriculture, l’AEAP a lancé récemment un appel à textes* afin de partager les écrits sur la ruralité. “Nous avons déjà réceptionné une centaine de textes, précise Jacqueline Bellino, et nous continuons à en recevoir. D’une qualité littéraire variable, ils sont tous très riches d’information et relatent des perceptions de l’agriculture, entre souvenir et espoir. Gérard Ghersi, écrivain et ancien directeur de l’Institut agronomique méditerranéen, travaille actuellement à répertorier et classer toutes ces contributions qui seront publiées prochainement sur notre site Internet“.

Devant le succès de cette initiative, nous réfléchissons à lancer d’autres appels à textes sur des thématiques différentes, pourquoi pas sur l’impact de l’épidémie de la Covid-19 par exemple. Travaillant à la campagne, nous pourrions estimer que nous sommes un peu confinés toute l’année et que nous ne sommes donc pas énormément touchés. D’un côté certaines maisons d’édition annoncent être submergées par la réception de manuscrits écrits durant le confinement et d’un autre côté, des écrivains nous parlent de la difficulté, durant cette crise, à se concentrer, à réfléchir et d’avoir l’esprit vide“. Croiser les regards, en s’appuyant sur la réalité de la vie en milieu rurale, tel est l’un des objectifs de l’association.

Le souci de la transmission

A l’origine d’un patrimoine culturel foisonnant, les membres de l’AEAP ont aussi à cœur de se tourner résolument vers l’avenir. Si la profession agricole considère le renouvellement des générations comme le défi et l’enjeu majeur pour les années à venir, les membres de l’AEAP estiment, à leur niveau, que la transmission du savoir et de l’écriture va de pair avec la transmission des exploitations. “Il est surprenant de constater que dans certaines classes de lycées agricoles, 95 % des élèves sont aujourd’hui citadins” souligne Jacqueline Bellino. “Nos interventions dans les établissements d’enseignement sont très enrichissantes. Nous avons ainsi organisé un concours d’écriture avec un lycée agricole du Var et nous échangeons régulièrement avec des élèves d’un lycée de Vendée ou d’un centre de formation du Tarn“. Parrainer des jeunes pour leur transmettre tout à la fois le goût de l’agriculture et le plaisir d’écrire, une activité exemplaire des écrivains-paysans pour prendre pleinement conscience de toute la diversité du mot culture.

* cet appel à textes reste ouvert et s’adresse à toute personne qui se sent concernée par le devenir de la ruralité. Il suffit d’envoyer son texte à : ecritures-partagees@framalistes.org

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