L’âne catalan en quête de reconnaissance

La France compte aujourd’hui officiellement 8 races d’ânes : l’âne du Bourbonnais, de Provence, des Pyrénées, du Cotentin, l’âne grand noir du Berry, l’âne normand, le Baudet du Poitou et depuis juin 2020, l’âne corse. Un dossier de reconnaissance de l’âne catalan est en cours de constitution. Une démarche indispensable pour tenter de sauver la race, aujourd’hui en voie d’extinction.

« Nous travaillons actuellement avec l’IFCE, l’Institut français du cheval et de l’équitation, et des historiens à faire reconnaître l’âne catalan au niveau national » indique Delphine Danat, la seule éleveuse en France. « Nous effectuons un recensement des ânesses et des reproducteurs et rédigeons un recueil historique de cette race, dont on retrouve la trace depuis Pline l’Ancien (1er siècle avant JC) ».

« Reconnaître cette race, c’est reconnaître son apport essentiel à l’histoire de la Catalogne, au patrimoine régional, de par sa contribution au façonnage du paysage et au maintien de la biodiversité notamment ». Avec un pelage ras et noir, l’âne catalan ou el Guara Catala est d’un caractère très facile, de grande taille (entre 1,45 m et 1,65 m au garrot) et peut peser jusqu’à 500 kg. Il est également très puissant.

C’est une race endémique de la Catalogne, qui a été exportée dans de nombreux pays et qui est l’ancêtre du Mammouth Jack, aux USA. Avec le développement de la traction thermique, la race a commencé à décliner dans les années cinquante. « Il y a encore une dizaine d’années, l’âne catalan était considéré comme une race en voie de disparition car comptabilisant moins de 50 naissances par an. Aujourd’hui la situation a empiré, et la race est classée en voie d’extinction car il y moins de 20 naissances par an » s’alarme Delphine Danat. Il y a donc urgence à agir pour aider les deux seuls élevages de race pure d’ânes catalans en Europe qui existent encore aujourd’hui : celui de l’asinerie Kuleni, à Ponteilla, dans les Pyrénées-Orientales et celui de Joan Gasso, un éleveur de Fuïves, près de Barcelone. Ces deux élevages participent ensemble, grâce à des échanges génétiques entre eux, à maintenir la race. On ne compte actuellement qu’environ 300 têtes d’âne catalan (situées à 85% en Catalogne sud, à 5% en territoire français et à 10% dans les différentes régions d’Espagne et d’Europe).

« Si la reconnaissance officielle de cette race est indispensable pour accéder à des programmes d’aides et d’accompagnement, l’âne catalan ne pourra être véritablement sauvegardé que si son utilité en agriculture est mise en avant » insiste Delphine Danat. « Le maraîchage est particulièrement adapté pour valoriser le travail de l’âne catalan. Des vignerons commencent également à s’y intéresser de nouveau pour entretenir les restanques (des terrasses étagées) ». L’emploi de l’âne catalan en maraîchage s’intègre parfaitement en agroécologie ou en permaculture. Il n’est pas question de labour profond nécessitant des efforts violents de l’animal mais d’une préparation de sols dans la logique d’un sol vivant, aéré, le plus meuble possible afin d’éviter l’érosion et la battance lors d’épisode pluvieux intense. Le travail animal permet également les apports d’amendement organiques et du crottin afin d’enrichir le sol.

La mobilisation des éleveurs, de la profession asine et de l’État sont aujourd’hui vitaux pour pourvoir espérer conserver l’âne catalan, El Guara Catala, véritable acteur de l’histoire et du patrimoine vivant de la Catalogne.

Pour aller plus loin :
France ânes & mulets
SFET, société française des équidés de travail

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