Un assemblage audacieux aux notes d’évasion

Philippe Bardou est vigneron à Neffiès, dans l’Hérault, au nord de Pézenas. Il a le goût de l’aventure. Mais en groupe, afin de partager en commun, découvertes et avancées. Il veut sans cesse oser, citant François 1er : « Si l’on se préoccupait trop de l’achèvement des choses, on n’entreprendrait jamais rien ».

Après une formation en viticulture et œnologie, Philippe Bardou a rejoint son père Christian sur son exploitation en 1993. Puis son beau-frère, Stéphane Martin est venu consolider et agrandir le domaine du Val des Bruyères en 1996. Christian est parti à la retraite en 2007. Mais il est toujours là, attentif et donnant son avis sur les évolutions de l’exploitation. Pour épauler Philippe et Stéphane à conduire les 80 hectares de vignes, il est fait appel à des saisonniers. « Aujourd’hui, la difficulté du recrutement de personnel local est un vrai point de blocage. Ce n’est pourtant pas par manque d’attractivité des postes à pourvoir » se désole Philippe.

Collectivement vôtre

Treize cépages différents composent le vignoble et permettent l’élaboration de rosé d’appellation d’origine protégée Languedoc et de vins d’Oc d’identification géographique protégée (blanc, rouge et rosé). Sur l’exploitation, il a toujours été fait le choix de livrer les raisins à une cave coopérative pour la vinification et la commercialisation. Aujourd’hui, c’est à Fontès, à la cave La Fontésole, que Philippe et Stéphane apportent leurs vendanges.

Pour eux, le collectif est essentiel, tant pour la défense de la qualité des produits et du métier que pour le partage du progrès et des innovations. Ainsi, Stéphane est fortement engagé dans la gestion de l’AOP Languedoc et de la future appellation Pézenas, ainsi que dans les groupements de lutte contre les organismes nuisibles. De son côté, Philippe est très impliqué sur le dossier de l’emploi et de la formation en agriculture. Et il suit également de très près les travaux conduits en viticulture durable et responsable, notamment avec Terra Vitis Rhône-Méditerranée.  

C’est au sein de Terra Vitis que Philippe se révèle le plus proactif. « Nous devons concilier des attentes différentes mais tous avancer ensemble. Nous pouvons répondre aux demandes des consommateurs en matière environnementale et sociale sans pour autant négliger l’objectif économique essentiel de notre activité ». Et les initiatives en faveur de l’environnement sont nombreuses : installation de nids à pipistrelles (de petites chauve-souris), développement de la biodiversité dans et aux abords des vignes, collaboration avec les apiculteurs… « Il nous faut être vertueux et mutualiser les bonnes pratiques » insiste Philippe. C’est cette même volonté qui l’a conduit à mener avec une quinzaine de viticulteurs une expérimentation pour améliorer les pratiques d’application des produits phytosanitaires et à développer avec les instituts techniques des technologies de l’information et de la communication au service d’une agriculture durable. « C’est lorsque la recherche s’associe aux problématiques du terrain que l’on amène du progrès » estime Philippe. Au sein de Terra Vitis également, Philippe participe activement à un groupe pilote sur la RSE, responsabilité sociétale des entreprises, pour la rendre accessible aux très petites entreprises. « En relation avec les Toques Blanches, nous réfléchissons à valoriser et décliner ce concept autour d’une consommation responsable ».

Un goût d’innovation et d’originalité

L’ensemble du domaine Val des Bruyères est certifié HVE (Haute valeur environnementale)

A côté de l’activité principale viticole, le domaine Val des Bruyères se lance dans l’agrotourisme avec deux gîtes ruraux. « Dès qu’ils seront ouverts, nous ferons les démarches pour rejoindre Bienvenue à la ferme. Cette activité nous donnera l’occasion de prolonger les échanges sur notre métier avec les touristes que nous rencontrerons ».

Philippe entend bien vanter aux vacanciers toutes les qualités des vins de la région, mais pas seulement. « Nous leur ferons également découvrir les produits de nos diversifications : huile d’olives et jus de grenades. En effet nous avons remis en culture 1 hectare d’oliviers et nous avons souhaité nous associer à une démarche régionale de création d’une nouvelle filière, en plantant 2 hectares de grenadiers ».

Innover et progresser tous ensemble, tel est l’esprit qui guide Philippe Bardou. Ce qui ne l’empêche pas de vouloir s’échapper en solitaire, dès que possible, au gré de ses lectures. « Je dévore des livres, sans aucune modération. Très vite, les piles de livres ont tendance à s’accumuler autour de moi. Et pour m’évader encore un peu plus, la cinquantaine venue et les études arrivées à terme de mes deux enfants Lise et Gabriel, il me prend l’envie maintenant de vouloir voyager ». La soif de nouvelles découvertes, encore et toujours…

Des fouilles réalisées sur une parcelle du domaine avec l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) et le CNRS (Centre national de recherche scientifique) ont permis de trouver les restes de 4 fours à poterie à amphores du 1er siècle : 2000 ans de viticulture sur ces terroirs !
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